samedi 19 juillet 2008

Filages et lavandières

De plus en plus difficile de trouver le temps de poster un article, entre l'intendance, les répétitions et les nuits d'éclairage. Et comme je ne remonte plus tous les soirs à Châteauroux, il me faut trouver un ordinateur connecté sur place. Le dernier billet, c'est donc de chez Saxo, qui possède une connexion wifi, que j'ai pu l'envoyer. Merci à toi, Jean-Pierre. Si je tiens tout de même à ne pas relâcher la régularité des publications, c'est que cet exercice me profite aussi très égoïstement : cela me sert de mise au point, de prise de distance par rapport à ce qui a été accompli dans la journée.


Enfin, à cette heure, ce sont les deux derniers jours qu'il me faut chroniquer.
Chaque soir, nous avons donc filé une des deux parties du spectacle. A l'heure de la représentation, à nuit tombée, afin d'affiner les éclairages et que chacun prenne ses repères dans la lumière qui lui est attribuée. La première partie s'est enchaînée beaucoup plus facilement que je ne l'espérais. Le gros travail qui reste à faire, c'est le fragment de spectacle de marionnettes : les gaines sont réalisées mais la prise en main s'avère complexe. Dans le scénario que j'avais prévu, il y avait force bastonnades, or, quand les coups sont donnés, il est difficile de maintenir la tenue de la tête, en raison de la lourdeur de celle-ci. Hervé s'est offert de fabriquer des têtes plus petites, ce qui me semble dommage. Je l'en dissuade, persuadé que nous parviendrons à nous accommoder du phénomène (en adaptant aussi le scénario), mais l'animal est têtu et le lendemain même il avait concocté un petit Robin. Bref, tous les jours, tous travaillons une bonne heure l'après-midi pour mettre au point deux petites minutes de puppets.

En ce qui concerne la seconde partie, le filage fut plus compliqué, et j'ai dû stopper plusieurs fois afin de rectifier des erreurs d'importance. Je dois aussi rectifier la bande-son. Il nous reste là aussi à peaufiner la petite scène d'ombres chinoises. Les draps des lavandières ont été lestés de chaînes afin de résister au vent toujours susceptible de les soulever, et cela implique une mise en place très précise par lesdites lavandières. Dont voici en prime, et pour finir aujourd'hui, quelques belles photos de répétition prises par Yvan (ce n'est qu'une petite sélection) :






Découvrez Various!

jeudi 17 juillet 2008

Chevaux-jupons et nuit d'éclairage

Je l'ai déjà dit : faute de posséder les moyens du cinéma, nous avons pris le parti d'affirmer la convention théâtrale : forêt plus suggérée que réelle, changements de décor à vue, histoire mise en abyme dès la scène d'ouverture... Partcipe aussi de ce choix la présence des chevaux-jupons, un des accessoires théâtraux les plus réjouissants que je connaisse. Francis et Bertrand sont donc allés les chercher hier matin chez leur propriétaire, Jean-Claude Moreau, mon vieux complice de Théâtralacs, qui lui-même les tenait depuis son passage à Gargilesse, lorsqu'il joua La Mégère Apprivoisée, sous la direction de Jacques Salomé.
C'est dire si les bestiaux ont blanchi sous le harnais, enfin blanchi n'est pas le mot exact : c'est plutôt que les peintures ont souffert et que l'armature grillagée des têtes se laisse voir par endroits. Il va falloir les restaurer quelque peu. Le soin en sera laissé à Jean-Jacques (Frère Tuck), grand maître de la bande plâtrée, qui a déjà exécuté cette année un pigeon de belle taille pour le bivouac de Petit-Jean.

Hier soir, la scène d'auberge fut donc répétée à nouveau. On s'aperçut que la table avec tréteaux vissés, si elle s'installait plus facilement, avait pris un poids respectable... On décida de raccourcir en conséquence le circuit de désinstallation. Ensuite nous avons filé de la scène 22 bis des enfants à la scène finale (qui était donc abordée pour la première fois). Semi-filage, car il se résuma à enchaîner les scènes deux à deux, beaucoup de détails restant encore à préciser. La scène 23, avec la mise à sac du pays par les routiers, est composée de dix petits tableaux qui parfois se superposent. C'est une dynamique complexe qui doit encore gagner en fluidité. C'est à plus de minuit que cette première enfilade se termina.
La soirée n'était pas encore finie : avec Sébastien, dans la tour de régie, et Yann et Kévin au sol, nous avons mis en mémoire les éclairages de cette partie de la représentation, jusqu'à près de quatre heures du matin, dans la fraîcheur montante de la nuit.
C'était le dernier jour de stage pour Kévin. Discret mais efficace, il a été une aide importante pour son frère Sébastien. Merci à toi, Kévin !

mercredi 16 juillet 2008

Gisbourne par lui-même

Quinze heures, retour au château. Sébastien, Stéphane et Kévin ont repris leurs réglages, bientôt rejoints par Yann. Je me rends au local du Manteau dans la vieille tour du manoir qui abrite la mairie. Carole et Suzanne ont donné rendez-vous toute la journée aux enfants, villageois et orphelins, aux adultes gardes, paysans ou routiers, dont les costumes vont donc être puisés dans les ressources de l'association. J'arrive juste au moment où nos amis de Puydauzon débarquent en nombre. On déballe chemises, tuniques, pantalons, vestes de cuir ; on vérifie les tailles, on compose des ensembles, on cherche des détails insolites pour les ruffians et les reîtres. Leur donner une apparence sauvage, des allures de punk médiéval, de mad max gothique.

Les marionnettes sont presque finies, les têtes sont quasi prêtes et il ne reste guère que les gaines à tailler et à coudre. Une de ces petites mains qui ont toujours oeuvré dans l'ombre pour la confection des costumes prête son concours. Elle a bâti un modèle de gaine, qui nous semble valable, et qu'il faut juste allonger.

Je rejoins Hervé au camping, où toute la jeune smala s'est réinstallée à la faveur du beau temps revenu. Il creuse les derniers cônes par où l'on tient la marionnette. Sur la vidéo qui suit, il s'interroge sur son double marionnettique, le Gisbourne qu'il incarne au naturel.


Gisbourne par lui-même

Pique-nique au camping, puis quatrième répétition des lavandières. Trois scènes que nous allons rejouer trois fois chacune et que les filles vont enchaîner gaillardement. Un battoir a disparu, quelques textes sont encore fragiles mais la dynamique ébauchée est prometteuse. Les automatismes s'installent progressivement et l'émotion culmine à la fin de la troisième scène où Jackie plonge maintenant allègrement dans l'eau trouble. Enfin, allègrement est peut-être excessif...

Et dans la forteresse désertée, c'est alors, aux alentours de minuit, que débute la valse des technos vampires. Je grimpe dans la tour de régie et nous voyons ensemble l'éclairage de ces scènes de lavoir ainsi que celle du cul-de-basse-fosse de la scène 20 (qu'il faut cerner par une découpe). Au moment d'enregistrer, la disquette du jeu d'orgues refuse ses services. J'apprends que sur ce support bientôt périmé (les ordinateurs d'aujourd'hui ne comportent même plus de lecteur de disquette) on trouve les mémoires de plusieurs spectacles précédents. Alors que la moindre photo prise avec un appareil numérique n'y tiendrait pas.

Le problème finit par disparaître, mais il sera sans doute sage de prendre à l'avenir une galette neuve.


mardi 15 juillet 2008

Yvan

Il venait régulièrement nous rendre visite pendant la tournée de Festival, en 2001, je crois. A Puydauzon, où nous jouâmes deux soirs de suite, il remplaça au pied levé une actrice qui devait partir. Une petite scène des Précieuses Ridicules. Et il chantait aussi, dans le préambule, une de ces chansons loufoques qui font le succès actuel des Renards Chauves ( lui, c'est Renard Dong-Dong). Puis on le retrouva dans Volpone et dans Martin Guerre (où il incarnait le vrai Martin revenant dans son village confondre l'imposteur). Et s'il ne joue plus aujourd'hui, il n'en continue pas moins à nous suivre, avec son oeil aguerri et tendre qui sait si bien saisir l'instant décisif. Pour le théâtre, il a une prédilection pour le noir et blanc. Voici donc quelques-unes des photos de répétition prises tout récemment par celui que j'ai si injustement désigné naguère comme l'ambassadeur des ondées :



Pour suivre le travail de l'artiste, plus axé sur l'animal et le paysage, voir Coup d'oeil photo.

lundi 14 juillet 2008

Dernière avant relâche

Dernière journée avant la relâche du 14 juillet. Le 15 sera consacré aux lavandières, puis les filages commenceront, et la présence de tous sera nécessaire, impérative. Heureusement dirais-je, car encore aujourd'hui il fut pratiquement impossible de répéter une scène au complet. Il faut perpétuellement jongler avec des remplaçants, qui lisent le texte, parfois le découvrent pour la première fois et ne peuvent donc imprimer, c'est bien normal, la dynamique propre à la scène.
La satisfaction c'est d'avoir pu travailler avec les deux jeunes frères Locksley, Guy et Robin (Colin et Adrien), décomposer chaque mouvement, chercher les gestes, les attitudes qui vont exprimer la tension qui règne entre eux deux.


Premiers essais de costumes aussi sur le site, premières photos pour la presse, toujours un peu artificielles. Je suis rentré dans mon costume d'Edouard de Locksley, m'y suis senti à l'aise, mais en revenant à la maison, regardant les photos, j'ai trouvé qu'il me manquait quelque chose, une sauvagerie, une âpreté qui signerait véritablement le seigneur brigand.
Yvan, notre photographe, est revenu et comme l'autre soir a ramené la pluie... On l'a maudit trois fois, puis le ciel s'est dégagé, et nous avons pu achever les scènes du shérif.
Lady Kate/Magaly a étrenné également son costume, et s'apprête à sacrifier ses tresses.
Robin se taille un arc dans une forte branche, et Guy une dague.
Un petit tour au traditionnel concert du 13 juillet chez Saxo, et retour au bercail.
C'est très décousu ce soir : cela doit refléter l'état de votre serviteur.

dimanche 13 juillet 2008

History of violence

La pièce est émaillée de rencontres sur les chemins : embuscade des saltimbanques par la famille Locksley, Robin prêtant main forte au Frère Tuck embourbé dans une pente, rebelles déguisés en moines dévalisant la recette des impôts... Je demande souvent aux comédiens de se mettre dans cet état de qui-vive qui prélude à toute prise de contact : cet inconnu qui surgit au détour de la piste est un agresseur potentiel. L'époque est violente, on se dévisage, on s'épie, on cherche la faille.
Mais il est difficile bien sûr de se replonger dans une atmosphère comme celle-ci : il faut mettre son imaginaire au travail. Jorge Lavelli dit que "dans un travail de formation, la seule chose qu'on peut faire évoluer, c'est l'imaginaire. Parce qu'il permet la démultiplication de soi, l'exploration de soi-même et de ses limites." Ailleurs il précise qu'il faut créer une image derrière chaque mot, chaque discours : "Une image à soi. C'est aussi cela que j'appelle concret. Sans image, pas de concret."(Jorge Lavelli, maître de stage, Lansman, 1999)


Parfois le réel se charge aussi de faire image. Ce soir, en pleine répétition des scènes de foule, je reçois un appel sur le portable. Pauline, restée au camping avec Simon, me prévient qu'il y a une bagarre générale sur le stade attenant où se déroulait un concours de pétanque. On s'inquiète pour eux, bien sûr, quelques-uns d'entre nous s'y rendent. On apprendra un peu plus tard qu'il y a des blessés. Nos jeunes ont vu cela, de loin heureusement, mais d'assez près pour constater qu'avec notre grosse bagarre d'auberge, nous sommes bien loin de la violence réelle qui a explosé entre deux groupes d'hommes, pour des motifs sans aucun doute dérisoires.
Ils n'ont pas dormi au camping cette nuit.


Découvrez Peter Gabriel!

samedi 12 juillet 2008

Polichinelle et mauvais temps

Travail sur le programme, entretien téléphonique avec Frédéric Merle de l'Echo du Berry. Pendant ce temps-là, Hervé finissait la peinture de ses marionnettes. En voici un avant-goût avec le Polichinelle.

La matinée avait été très pluvieuse, mais l'après-midi plus calme. Hélas, vers 21 heures, à peine la scène au château de Locksley mise en place, il fallut se replier. Tout d'abord sous la bâche bleue fixée à la tour de régie. Puis, comme l'averse ne montrait guère de signe de faiblesse, malgré un superbe arc-en-ciel qui enjambait au sud les murailles auréolées d'une lumière fauve, nous prîmes la route de la salle Ivanhoé, à la mairie. Pas le diable bien sûr pour les scènes prévues, 24, 26, 27, 28 qui réclament de l'espace. Et puis quelques comédiens importants manquaient, dont Guy/Adrien, cloué au lit. C'était - comme on dit - toujours mieux que rien. Mais on n'en retire pas beaucoup de plaisir de ces petits arrangements avec le ciel, c'est comme d'écouter une symphonie de Beethoven sur un vieux transistor asthmatique. Dans la nuit humide, les gens s'éloignent et l'on a soudain la sensation d'être très loin, très loin du but à atteindre. Et l'on doute de ce que l'on a écrit, de ce que l'on a dit, crû bon de dire. On a tenté jusqu'au bout de sauvegarder l'énergie, de faire vivre ce courant qui doit irriguer le jeu, mais on y a échoué, on le sent, dans une mesure inappréciable.
L'expérience ne nous sert qu'à relativiser la situation : d'autres jours suivront, moins amers, et la joie sera au bout, et la mélancolie.